La Commission européenne entreprend de façon croissante des évaluations microéconométriques, avec pour projet de quantifier de façon plus rigoureuse l’effet net de ses politiques. En s’inspirant des recherches contemporaines sur l’influence de l’économie sur les politiques publiques et à partir du cas de la Politique européenne de cohésion, cet article retrace la coproduction d’un programme d’« évaluation d’impact contrefactuelle » calqué sur des enjeux administratifs de démonstration de résultats. Ils impliquent de nouvelles interfaces entre économétrie académique et agents publics ainsi qu’une économicisation partielle de la notion d’impact.
SOMMAIRE
1. Introduction
2. Les EIC : un cas d’étude de l’administration (des) économiste(s)
3. La quête cinquantenaire d’une image de l’impact européen
3.1. De premiers « contrefactuels » issus de l’économie régionale
3.2. Une comptabilité de l’impact controversée au début des années 2000
4. L’EIC, une coproduction académico-administrative
4.1. L’arrimage d’une nouvelle expertise du contrefactuel à la Commission européenne
4.2. De « l’approche contrefactuelle » au néologisme administratif « d’EIC »
5. Enrôler des économistes pour enrôler d’autres administrations
5.1. L’ouverture programmée d’interfaces entre Université et policymaking
5.2. Former aux EIC – des investissements concrets dans la « rigueur méthodologique »
5.3. Les EIC de la Cohésion à la Commission : vers une économicisation du domaine de l’impact ?
6. Une réception ambivalente entre espoirs déçus et contre-mobilisations expertes
6.1. (Re)découverte des limites des EIC dans l’administration de la preuve
6.2. Les poids des réseaux alternatifs de l’administration de l’impact
7. Conclusion : les EIC, entre normalisation et expectative